À Mayotte, la pétanque est bien plus qu’un simple loisir, c’est un véritable vecteur de lien social et d’identité locale. Les clubs de pétanque locaux, comme nous l’avons vu dans notre article sur l’Union Pétanque de Petite-Terre à Pamandzi, jouent un rôle central dans cette dynamique collective.
Mais au quotidien, que pensent véritablement les Mahorais des clubs de pétanque de leur île ? J’ai voulu le savoir en échangeant avec plusieurs pratiquants et amateurs de ce sport. Leurs témoignages révèlent une passion sincère, parfois des frustrations, mais toujours beaucoup d’espérance.
Un sport qui rassemble : l’avis des habitués
Moussa : « Je joue à la pétanque depuis plus de 15 ans, d’abord à Mamoudzou puis à Dzaoudzi. Ce que j’aime, c’est l’ambiance bon enfant. Les tournois, même les petits concours du week-end, sont toujours des moments de partage. »
Fadila : « C’est mon frère qui m’y a introduite. Il faut dire aussi que pour les femmes c’est pas toujours simple, mais ça change. Avec l’Union Pétanque, on voit de plus en plus de filles qui s’y mettent. »
Dany : « Les clubs essaient vraiment d’organiser des choses. Je suis content parce qu’on voit que ça évolue, mais j’ai l’impression qu’ils manquent de moyens parfois. »
Ces témoignages montrent un fort attachement à la pétanque comme vecteur de cohésion. À Mayotte, on se retrouve entre amis, en famille, parfois plusieurs générations autour du même terrain.
Des difficultés structurelles mais une passion intacte
Yassine : « On a un vrai souci avec les infrastructures. Il existe de bons terrains mais ils sont rares. À Kani-Kéli, par exemple, le terrain est très simple, pas de lumière le soir, pas de bancs. Mais bon, on vient quand même. »
Effectivement, le rapport 2024 de la FFPJP note que dans certains DROM-COM, comme Mayotte ou la Guyane, les équipements de jeu sont largement insuffisants par rapport à la demande locale. Cela n’empêche pas les pratiquants de se rassembler et d’organiser des tournois, souvent avec les moyens du bord.
Le rôle des clubs pour la jeunesse : témoignages engagés
Sarah, éducatrice bénévole à la Pétanque Dzoumogné : « Les jeunes, quand ils découvrent la pétanque, ils accrochent vite. On leur apprend la concentration, le respect des règles et des autres. Il en faudrait plus des clubs comme ça. »
Nabil, 17 ans : « Pour moi la pétanque c’est plus qu’un jeu. Grâce au club, j’ai pu participer à un championnat régional à La Réunion. J’ai même pu prendre l’avion pour la première fois. »
Des clubs engagés dans la formation des jeunes sont essentiels pour transmettre les valeurs du sport et occuper positivement les temps libres. Le succès de l’école de pétanque de Petite-Terre, récemment labellisée par la FFPJP, est à cet égard une initiative exemplaire.
Les attentes des joueurs envers les instances
Aminata : « Quand on participe à des compétitions en dehors de Mayotte, on voit que tout est bien organisé ailleurs. Nous, on voudrait que la fédé s’occupe un peu plus de nous ici. »
Alex, président d’un petit club : « La Fédération nous a félicités dernièrement pour l’organisation du concours intergénérationnel. C’est chouette, mais on voudrait aussi de l’aide pour le matériel, pas que des félicitations. »
L’enquête de la Commission Communication de la FFPJP en 2023 reconnaît en effet un besoin d’appui renforcé aux clubs ultramarins en termes de financement, de médiatisation et de formation.
Mon point de vue en tant que passionné et observateur
Ayant eu l’occasion de visiter plusieurs clubs mahorais et d’échanger avec leurs dirigeants, je suis toujours impressionné par leur ténacité et leur sens de l’accueil. Mayotte respire la pétanque, autant dans les places publiques que dans les installations de fortune. Ce qui manque, ce n’est ni la passion, ni les talents, mais bien un plan d’accompagnement durable à l’échelle locale.
SportComment lancer une boule de pétanque : le premier gesteLe dynamisme du comité départemental, couplé à une meilleure synergie avec la Fédération, pourrait permettre de répondre aux attentes principales évoquées dans les différents témoignages :
- Plus de tournois officiels locaux avec homologation FFPJP,
- Un soutien aux clubs pour renouveler les équipements,
- La création de boulodromes adaptés et éclairés,
- Une mise en avant des jeunes talents mahorais au niveau national.
En ce sens, les clubs de Mayotte mériteraient tous les encouragements possibles – et concrets.
Conclusion : défis connus, avenir prometteur
Globalement, les habitants de Mayotte ont un excellent regard sur les clubs de pétanque. Ils sont vus comme des piliers de leur communauté. Mais ils attendent aussi plus de moyens, plus de reconnaissance, et surtout, des actions concrètes.
La pétanque à Mayotte a tout pour s’épanouir. Écoutons les joueurs, les éducateurs et les bénévoles qui font vivre ce sport au quotidien. Leur voix est précieuse.



