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Pour ceux qui se demandent pourquoi cet article? parce que j'habite à deux pas de Marsoulas. Que j'ai fait partie du Comité des Fêtes, que j'ai suivi les commémorations mais aussi les hommages rendus un peu partout en France dans les villes et villages médaillés de la Résistance (Meximieux, Caen, île de Sein, Caniac du Causse, Thones, etc...), que je sais que parmi vous, certains, comme le président de la pétanque de Villeneuve de Rivière, Jean Martres, porte-drapeau, sont assidus à cette cérémonie et à ces hommages.

Et parce que fin juillet il n'y aura pas de National à Salies du Salat, mais il y aura toujours les fêtes de Marsoulas, avec 3 jours de concours amicaux de pétanque! concours qui ont toujours été très prisés des perdants de Salies...!

 
Marsoulas - le 10 juin 44

Programme du 10 juin 2017 commémoration du Massacre de Marsoulas.

 

9h45: Accueil des participants à l’église

10h: messe de requiem

10h50: recueillement au cimetière devant la fosse commune

11h: cérémonie du Souvenir à la stèle aux Martyrs

12h: réception et vin d’honneur à la salle des fêtes.

Marsoulas - le 10 juin 44
Marsoulas - le 10 juin 44

"Il est mort à la guerre" ... c'est presque un pléonasme. A la guerre on y meurt, on ne part pas faire sa vie à la guerre. Quelques uns en réchappent et en reviennent traumatisés à jamais.

Mais si c'est là le sort malheureux et presque inexorable des soldats, pourquoi les innocents meurent'ils de la guerre?

Les monuments aux Morts , dans chaque village, rendent hommage aux soldats morts à la guerre. Mais il est des monuments aux Morts de la guerre remplis de noms de civils. C'est le cas à Marsoulas.

Pourquoi j'en parle? Roland me comprendra, lui habitant de Marsoulas, qui certes n'était pas né le 10 juin 44, mais qui régulièrement vient se recueillir chaque 10 juin au monument aux Morts pour la France, devant les fosses communes ou 28 habitants de sa commune reposent: 11 hommes, 11 enfants et 6 femmes.

Roland essayait de convaincre son interlocuteur de venir à la cérémonie du 10 juin au monument aux Morts. Il essuya une fin de non-recevoir sous prétexte que "dans mon village il y a aussi un monument aux Morts et je ne vais pas aller ailleurs."

Ben non c'est pas le même. Ce n'est pas le même.

Ils étaient là chez eux dans leur jardin, dans leur maison, vaquant à des travaux ménagers, jouant ou dormant ,comme les bébés assassinés. Il n'y avait pas la télé et peu de médias. Ils ne savaient pas que la mort était en marche vers chez eux. Ils ne savaient pas que la colonne SS avait déjà décimé Oradour sur Glane, ils ne savaient pas tout ça. Ils n'étaient pas partis faire la guerre, mais ils sont tombés sous les balles de soldats.

Il faut venir à Marsoulas samedi 10 juin pour cette commémoration. Il faut venir écouter tous les discours, écouter les enfants de l'école d'Aurélie chanter le Chant des Partisans et le couplet 7 de la Marseillaise, le chant des Enfants.

Il faut venir pour le jeune maire Alexandre Ader dont l'enfance a été jalonnée de ces cérémonies. Un maire, j'en ai déjà parlé, agriculteur et à qui les dorures des cérémonies officielles ne montent pas à la tête! lors de la venue du ministre des Anciens Combattants, Kader Arif, celui-ci était arrivé 10 minutes en retard. Le protocole devait être respecté, la manifestation durait une heure et bien sûr 10 minutes avant la fin, afin de ne pas être en retard sur la suite de son emploi du temps, son attaché lui fait remarquer qu'il va falloir y aller. Et là, impérial mais toujours avec l'accent du coin et un brin d'humour, Alexandre lui dit: "Monsieur le Ministre, ce n'est pas moi qui étais en retard sur l'horaire. Maintenant il y a l'apéritif à la salle des fêtes et on vous y attend!' Et le ministre en rigolant s'est exécuté!

Une autre fois, car les anecdotes d'Alexandre sont foison... devant le monument, les officiels, députés, sous-préfet, conseiller départemental, etc... sont au 1er rang et à ce 1er rang il y avait également un vieil habitant qui s'y était mis. Quelqu'un parmi les officiels a dit: "non Monsieur, vous devez aller derrière" et Alexandre toujours impérial et toujours avec l'accent du coin et un brin d'humour lui a répondu: "lui (j'ai oublié son nom), lui il restera là à côté de moi, ça fait 30 ans qu'il est à côté de moi pour ces cérémonies et il restera là!" (Ne pas oublier qu'Alexandre a au moins 35 ans....)

Il faut venir pour Jean-Pierre Blanc, passeur de mémoire dont une grande partie de la famille a été décimée lors du massacre. Il faut venir pour Lucien Vieillard, résistant toulousain âgé de 93, ans dont le combat contre la barbarie a débuté à 17 ans. Il faut venir pour la population qui s'est relevée, heureusement, depuis, ces jeunes qui représentent un quart du village et que la jeunesse commingeoise côtoie lors des célèbres fêtes locales de fin juillet.

Il faut venir pour savoir, pour apprendre, pour juste garder dans un coin de sa mémoire que ça a existé, que bien sûr personne ne veut que ça recommence mais l'Histoire se répète... malheureusement. Il faut juste rester vigilant.

Lors de mon premier voyage à Philippsthal, ville jumelée avec Salies du Salat, nous étions partis avec beaucoup d'enfants et de jeunes en bus. Les Allemands, toujours très à l'écoute, nous avaient préparé un programme très intéressant et une journée ils avaient pensé aux enfants et avaient voulu nous emmener sur  des terrains de sport, piscine, etc..

Seulement un des français a posé la question: "ne pourrai t’on pas aller visiter le camp de concentration de Buchenwald (c'était le plus près en ex Allemagne de l'Est)?" L'interlocuteur, en face s'est décomposé, et avec beaucoup de tristesse a répondu: "est ce qu'un jour vous arrêterez de nous demander de visiter un camp de concentration?"

Parce que bien sûr les Allemands d'aujourd'hui n'en peuvent mais, de la guerre, des nazis et des juifs exterminés. Aujourd'hui ils portent la croix de ce qui s'est passé, ils savent que n'importe ou , ou ils iront, ils resteront le pays des exterminations de juifs et des camps.

Je dis ça, parce que pour avoir lu pas mal de livres, de Philippe Kerr, entre autres, comme la "Trilogie berlinoise", et en discutant avec les allemands, ce qu'il en ressort, c'est que le peuple, tout comme les habitants de Marsoulas, n'ont rien vu venir. Ils n'ont rien vu venir en élisant Hitler au pouvoir. Si!, bien sûr certains savaient dans les hautes instances du pouvoir, mais que savaient les travailleurs, les ouvriers, le peuple qui bossait? Rien. On ne peut pas leur en vouloir. Comment auraient'ils pu imaginer toute l’ignominie, les barbaries qui suivraient? qui aurait pu l'imaginer?

Mais nous nous savons. Pour ceux qui ne savent toujours pas il faut venir à Marsoulas.

Car si l'Histoire se répète, le Monde ne nous pardonnera pas d'avoir laissé faire.

Certains pensent que je vais trop loin... "mais non aujourd'hui c'est pas pareil..." pourtant aujourd'hui la télé, les médias nous gavent d'attentats horribles pour des causes qui a nous, nous échappent, mais qui pour d'autres sont leur Vérité et leur combat tout comme l'était celui des nazis...

Tag(s) : #Divers, #Canton de Salies, #Comminges, #Haute-Garonne

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