Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pousser le bouchon un peu loin ! :)

Sur le site des Expressions

Pousser le bouchon un peu loin

Exagérer, aller trop loin (dans une accusation, une affirmation, des exigences...)

Origine


De quel bouchon est-il donc question ici ? Est-ce, justement, celui de la ligne du pêcheur, ou bien celui des routes parisiennes aux heures de pointe, ou plutôt celui que les joueurs de pétanque essayent d'approcher au plus près, ou encore celui qui empêche (très temporairement) l'accès au délicieux contenu d'une bouteille d'excellent Château Lynsolence ?

Eh bien malheureusement, il semble qu'on n'en sache rien !
Les lexicographes supposent, sans aucune certitude, que l'expression vient d'un des deux principaux jeux où on utilise un bouchon : le jeu du bouchon, qui date du début du XIXe siècle, où il fallait abattre avec un palet des bouchons surmontés de pièces de monnaie, ou bien la pétanque où le cochonnet s'appelle le bouchon.

Dans le second cas, on entend d'ici le pagnolesque mais ronchon César clamer "Oh, Escartefigue, tu pousses le bouchon un peu loin !" à son compagnon qui, avec sa boule, vient de déplacer le cochonnet un peu trop loin pour que la suite du jeu soit facile.

En fait, c’est une expression qui vient de la marine. Pour faire le plein d’eau ou de gas-oil, depuis Amerigo Vespucci (voir cette page), on perce, sur le pont des navires, un trou, dans lequel on insère une pièce tubulaire appelée nable, reliée au réservoir par un tuyau souple.
Ce nable possède évidemment un bouchon, afin que les paquets de mer s’écrasant sur le pont ne viennent pas corrompre l’eau douce ou le gas-oil si chèrement acquis, et si précieux dès lors qu’on s’aventure loin de toute côte. D’où l’importance de bien boucher les nables. Cela dit, il est parfaitement inutile de serrer les bouchons de nable à fond, car ensuite on a un mal de chien à les rouvrir, surtout s’ils sont bien collés par le sel.
Et il est donc tout à fait classique qu’un commandant de navire, ou un skipper, dise au novice chargé de faire les pleins : « et ne pousse pas le bouchon trop loin ! ».

L’Yannou et l’Pepe qu’habitaient dans la France nordique et forcément littorale d’la fin du XIXème siècle partaient pedibus jambuscum en goguette une fois la s’maine pour se réchauffer l’amitié. S’tait point la tournée des grands ducs, mais celle des esta-minets où aucun emplumé ne s’laisserait aller à traîner.

Arrivés à mi-parcours, il leur fallait s’donner du courage pour finir leur boucle des bistrots des patelins alentour qui s’terminaient toujours chez BB, qui t’nait un bouchon su’l’vieux ponton. ‘Lors l’Yannou toujours charitable sout’nait l’Pepe en lui disant : « Allez, min fieu, l’est pas loin l’bouchon d’BB ; te l’vois là-bas qui luit ? Viens, on va s’en j’ter un p’tit chez la Nicole pour s’avancer un peu.. » pis chez l’Georges, chez l’Philippe ou chez la Madeleine. Et souvent, l’Pepe y trouvait qu’il était bien loin l’bouchon dont la lumière têtue luisait dans la nuit noire.

Aussi prit-il l’habitude, avant d’partir en tournée avec son pote Yannou de le mettre en garde : « J’veux bien mon cochon, mais te l’pousse pas trop loin l’bouchon qu’j’y arrive sur mes deux jambes s’te fois. ».

Encore une histoire de marine, en quelque sorte. ..

Dans son dictionnaire culturel Alain Rey distingue les deux expressions : " c’est plus fort que de jouer au bouchon" qu’il rattache au jeu de bouchons, apparu en 1842 et "pousser le bouchon " qu’il rattache à la pétanque.
On ne peut pas non plus exclure que dans ce cas, comme dans d’autres, l’expression ait eu du succès ,justement parce qu’elle croisait plusieurs idées différentes. Par exemple, j’imagine mal le bouchon du pêcheur, comme origine, mais je vois bien tous les pêcheurs l’utiliser depuis, chaque fois qu’ils envoient leur ligne trop loin ...

Quand on casse un bouchon, ras du goulot...et qu’on n’a plus comme solution, qu’à le pousser ...
d’abord ça gicle sur la belle nappe damassée, ça donne un gout de bouchon au vin et des petits bouts de liège fort désagréables sur la langue...
Alors on le transfère dans une jolie carafe en cristal taillé et si on veut récupérer la bouteille, il n’y a plus qu’à passer une fine ficelle, aller pêcher le reste de bouchon , le remonter soigneusement jusqu’au goulot...et tirer, si entre temps il ne s’est pas mis de traviolle.
Ceux qui ont mis des navires en bouteille savent de quoi je veux parler!

Pousser loin le bouchon dans la bouteille, c’est une attitude qui ne manque pas de goulot. De culot. Mais si le bouchon va trop loin il quitte le goulot et ,d’une part il ne bouche plus rien -or un bouchon consciencieux, c’est un bouchon qui bouche, non ? Sinon il doit s’appeler flotteur ou bout de liège ou Jérome, mais pas bouchon ! - d’autre part on ne peut plus l’attraper avec un tire bouchon. Il faut un retire-bouchon, et beaucoup de savoir faire pour prendre le bouchon au lasso, et tirer.
Notez que le terme "tire-bouchon" est impropre et divise les spécialistes : pour certains, la lame en queue de cochon qui pénètre dans le bouchon n’a pas vocation à tirer le bouchon. Elle doit le tuer proprement, sans que son sang de liège ne coule dans la bouteille, et doit ensuite le maintenir fermement à sa place. Ce qui permet de retirer la bouteille du bouchon.
Le seul point sur lequel tous les spécialistes sont d’accord, c’est que le résultat final doit permettre de boire le contenu de la bouteille.

Pousser le bouchon un peu loin, un peu plus loin, un peu trop loin n’était guère dans les habitudes du timide Georges (l’autre…). En revanche, ôter les bouchons pour partager et chanter le vin avec les amis, ça, il savait faire !

Du temps que régnait le Grand Pan,
Les dieux protégeaient les ivrognes
Des tas de génies titubants
Au nez rouge, à la rouge trogne.
Dès qu’un homme vidait les cruchons,
Qu’un sac à vin faisait carousse
Ils venaient en bande à ses trousses
Compter les bouchons.
La plus humble piquette était alors bénie,
Distillée par Noé, Silène, et compagnie.
Le vin donnait un lustre au pire des minus,
Et le moindre pochard avait tout de Bacchus.


Le Grand Pan, à lire ici et à écouter ici.

Finalement, pousser le bouchon un peu trop loin c’est démontrer que le mieux est l’ennemi du bien : un vin bien bouché vaut mieux qu’un autre bouchonné.

La religieuse, amatrice de pétanque, achetait un jeu de boules...
elle: - et dites-moi monsieur, pourquoi le cochonnet est de couleur verte ?
le vendeur: - c’est le bouchon vert soeur !

 

Tag(s) : #Divers

Partager cet article

Repost 0